Henri Robida : raids - Jean-Pierre Vinchon

Publié le par Erwelyn

Henri Robida : Raid France-Japon

      En 1931 Henri Robida, alors jeune ingénieur, se lie d'amitié avec le pilote Paul Codos qui lui propose d'être son navigateur au cours du raid Paris - Tokyo.
      Le but de Codos est d'atteindre Sans-Francisco et l'avion dont il dispose est le "Point d'Interrogation" qui vient de faire la traversée de l'Atlantique Nord avec Costes.
      Le 11 Septembre 1931, au Bourget, deux équipages sont prêts à partir pour le Japon :
Le Brix, Doret et Mesmin sur le Dewoitine "Trait d'Union".
Codos et Robida sur le Breguet-Hispano 600 cv.
      Bien que lourdement chargé, le "Point d'Interrogation" décolle en deuxième position, sans difficulté spéciale. Régulièrement son altitude augmente.
      La brume du sol, chauffée par le soleil levant, commence à bourgeonner et quelques remous se produisent. Ils approchent de la frontière allemande, survolent la Ruhr.
      Tout à coup, un choc sous le capot. le régime moteur a baissé de 400 tours. Codos agite la manette des gaz, en vain. L'avion s'enfonce ; il faut vidanger. un premier réservoir de 600 l est vidé, mais c'est insuffisant ; le sol s'approche.
      Il faut vidanger le grand réservoir. Codos tire sur le levier de "Vide Vite", il ne vient pas. C'est au prix d'un effort surhumain et en ayant lâché le manche qu'il réussit à débloquer le levier.
      Des millions de litres d'essence s'échappent, dont une partie envahit la carlingue, mais l'avion remonte.
      Robida se penche vers Codos qui suffoque et lui maintient un tampon sous le nez.
      Il reste 60 l de carburant, juste le temps de choisir un terrain.
      Le "Point d'Interrogation" se pose sur un petit champ maraîcher à proximité de Düsseldorf. A peine descendu de l'appareil, Robida s'effondre en sanglot, est-ce la peur ou la déception de ne pas avoir réussi ?
      Il s'est produit un attroupement ; soudain un officier fend la foule. En mauvais français il intime l'ordre à Codos de la suivre. Robida reste près de l'appareil, en sentinelle.
      Après l'intervention du Consul de France tout rentre dans l'ordre et le lendemain les deux aviateurs vinrent arriver Véron, un mécanicien de la maison Hispano, la mine attristée.
      - Ne fais pas cette tête là. Nous ne sommes pas encore morts !
      Mais la plaisanterie fait long feu. Véron leur apprend la tragique nouvelle. Le Brix et Mesmin venaient de se tuer. Le "Trait d'Union" s'étant abattu sur les Monts Oural. Seul Doret avait pu sauter en parachute.


Robida et Codos Lettre d'Hanoï
La lettre ci-dessus a été envoyée d'Hanoï à une personne de Ris-Orangis. Mais avec le temps le nom du destinataire s'est effacé.


Henri Robida : Raid Indochine-France


      - Je voudrais être dans le zinc, mais ce triomphe me fais plus de plaisir que si je l'avais remporté moi-même.
      Ainsi Codos et Robida furent-ils accueillis par Costes au Bourget le 23 Janvier 1932, alors qu'ils venaient de lui ravir le record de vitesse sur le parcours Indochine France, qu'il détenait avec Bellonte depuis 1929.
      Une vingtaine de jours plus tôt, le 4 Janvier à midi dix très exactement, leur Breguet 330, équipé du moteur Hispano de 650 cv, décollait de ce même aérodrome à destination de Hanoï. Le 5 ils sont à Athènes, le 6 à Alep, le 7 à Bassora, le 8 à Karachi, le 9 à Calcutta, le 10 à Bangkok, le 11 à Hanoï. Toutes ces étapes furent effectuées de jour sans le moindre souci de réaliser une performance : ils faisaient ce voyage simplement parce que pour revenir d'Hanoï, il fallait d'abord y aller...
      A leur arrivée à Hanoï, leur première visite fût pour le Gouverneur Général Pasquier.
- Que comptez-vous faire pour le retour ? leur demanda-t-il.
- Monsieur le Gouverneur, il est bien difficile de vous répondre : à coup sûr, notre matériel autorise le retour rapide, mais...
      Le départ d'Hanoï était fixé au 20 février à 6 heures du matin. Ils avaient l'autorisation des PTT, d'emporter du courrier et les colons français surent profiter de cette aubaine.
      Durant leur séjour à Hanoï les deux aviateurs avaient été conviés à des parties de chasse dans le haut Laos. Au cours de l'une d'entre elles, Robida, emporté par son ardeur à la vue d'un gibier débouchant à toute vitesse, tira un coup de fusil à quelques centimètres de l'oreille de Codos.
      Abasourdi par le choc de la déflagration qui lui avait causé une vive douleur, il sentit soudain le goût du sang dans sa bouche : son tympan était perforé.
      Les ultimes préparatifs sont achevés. Codos a embarqué les équipements de secours en cas d'atterrissage dans la forêt vierge.
      Le courrier est en place, le moteur tourne. Robida tarde à s'installer car il vient de s'apercevoir de l'oubli d'une carte à l'hôtel. Tans pis...
      Grimpant à travers les nuages, ils vont affronter la chaîne annamitique.
      Soudain, dépassant de l'écume des nuages comme un récif, Codos voit un sommet qu'aucune carte n'indiquait. Il est vrai que sur cet itinéraire Hanoï-Calcutta, les documents de l'époque relèvent plus du domaine artistique que de la science cartographique.
Le jour est venu, Codos se tourne vers Robida ; ce dernier est radieux et veut le faire savoir en se soulevant de sont siège. Mal lui en prend : une claque de vent lui arrache la calotte du casque colonial. Il ne lui reste plus en auréole que la bordure de la coiffure solidement arrivée sous le cou.

      Enfin la plaine et le delta du Gange. Les terres sont désertiques : quelques traces de végétation, mais pas de présence humaine.

Arrivée de Robida et Codos à Bach-Mat à bord du Bréguet 330

      L'équipage arrive enfin à Calcutta, où le Bréguet 330 se pose. Un représentant de la compagnie française Air Orient les attend ainsi que le Consul de France qui leur offre du Champagne.
      Les révisions d'usage étant faites, l'avion re-décolle au crépuscule, par fort vent debout. Au dessous d'eux des feux scintillent dans la campagne. C'est tout ce qu'ils auront vu des Indes. Ils atteignent Karachi à l'aube du 22.
      L'accueil des pilotes britanniques est chaleureux, mais ils semblent avoir quelques difficultés à admettre que la veille encore ils étaient à Hanoï.
      Nouveau départ en direction de Bassora. Durant l'étape, Robida s'endort et ne peut jouir du magnifique spectacle qui s'offre à eux. Bassora, escale de nuit. Un câble de Costes les y attend : "Cravachez, vous avez votre heure". C'est d'autant plus chic que c'est son propre record qu'ils attaquent.
      De Bassora à Athènes (2445 km), la météo est mauvaise. Robida propose de couper en deux cette étape par arrêt à Alep. Codos refuse.
      Au cours de la nuit la température tombe à - 20°. Le givrage et les vents rabattants peuvent être très dangereux. Dès que le jour se lève, Codos descend au ras des vagues et espère pouvoir atteindre Athènes en évitant les remous. Robida fait de son mieux pour reconnaître les îles qui jalonnent le parcourt.
      Arrivés à Athènes dans la neige et par un vent de plus de 100km/heure, ils viennent d'abattre 9000 km en 63 heures.
      D'Athènes à Rome le voyage s'effectue sans difficultés.
      Nouveau décollage, le dernier hors de France, cette fois la fatigue se fait sentir. Depuis trois jours, le buste a découvert par suite de la disposition du siège sur ce type d'appareil ; ils cravachent, comme l'a dit Costes.
     Codos qui souffre de son oreille appelle Robida par l'aviaphone.
- Robida ! Robida !
      Rien. la fatigue a été la plus forte.
     Enfin Marseille, pour une escale de 1 heure 30. Leur réserve d'essence est suffisante pour faire Marseille Paris, aller et retour.
      Cinq minutes avant minuit, ils repartent. La brume recouvre la vallée du Rhône.
      Ils passent Lyon sans le voir.
      Mâcon, Fontainebleau, Le Bourget ; des fusées montent vers eux. Ils ont été reconnus. Ils arrivent.
      Ils ont mis 3 jours, 4 heures et 17 minutes, pour couvrir 11.015 kilomètres séparant Hanoï et Paris.
      Ils sont accueillis par Mr Etienne Riche, sous-secrétaire d'Etat à l'Air, Arrachard, Louis Bréguet, tous les amis pilotes et mécaniciens civils et militaires sont là.
      Pas de discours, des embrassades, du champagne, Robida et Codos jettent un dernier regard sur leur machine que l'on rentre au hangar.
      Cette fois, Hanoï-Paris est bien terminée...
     

Publié dans Famille

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Gérard 03/07/2013 11:57


Il semble qu'il faut lire "Le départ d'Hanoï est fixé au 20 janvier..."